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Comment vivre et fêter l’anniversaire de son enfant défunt… question insoluble aux réponses aussi multiples qu’il est de parents touchés. Jour anxiogène qui ajoute une année de plus à un âge que l’enfant ne vivra jamais. Difficile d’éviter alors les… « il aurait 1 an… 5 ans…10 ans…20 ans…. ». À la souffrance du manque s’ajoute immanquablement l’imagination de ce « qu’aurait dû » être sa vie si seulement une telle injustice n’avait eu lieu, si l’accident fatal avait été évité, si la maladie avait été diagnostiquée plus tôt, si un traitement médical avait existé, si les prières avaient été exaucées, et si nous étions de meilleurs parents. Car on se sent forcément aussi un peu (ou beaucoup) coupable quand on survit à son enfant.

Imaginer ce qui n’est pas mais qui aurait pu, ou même « aurait dû » être… est une façon de refuser encore la réalité, de lui substituer dans sa tête une autre réalité plus « normale », plus « juste » et plus acceptable. Comme si la réalité n’était pas suffisamment dure à vivre, on y ajoute le regret et l’imagination d’une réalité virtuelle.

Et si cette réalité virtuelle n’existait pas? Et s’il n’avait jamais été dans l’ordre du possible qu’elle soit? Et si elle n’était qu’un moyen pour le mental de nous culpabiliser et nous faire souffrir? Et si nos enfants n’étaient venus vivre que le seul temps qu’ils ont vécu?Si on nous avait donné avec le cadeau de la naissance de notre enfant, la connaissance de leur durée de vie limitée, aurions-nous refusé le cadeau de leur vie et de leur amour inconditionnel ? Si on l’avait acceptée en connaissant leur destin, le jour de leur perte venu, nous aurions souffert du même déchirement, du même manque abyssal. Mais peut-être pas de l’imagination d’une réalité dont nous savions dès leur naissance qu’elle n’existerait jamais…

C’est peut être cette véritable et difficile conversion intellectuelle qu’il faut tenter. Sans garantie d’y arriver du premier coup. Se rappeler que nos enfants ne sont peut être jamais nés pour devenir un jour des adultes. Que si courte ait été leur vie, elle n’en était pas moins totalement pleine de toute son intensité et tout son amour.

Ces réflexions sont inspirées par le partage de Marie-Therese à l’aube de l’anniversaire de son fils Julien. Beaux et profonds, ses mots résonnent et sont le plus beau cadeau d’anniversaire qu’elle pouvait imaginer.

« J’ai réfléchi ces derniers jours à propos de la célébration de l’anniversaire de Julien que j’avais imaginée le 27 août. Et je me suis dit, ou plutôt j’ai ressenti qu’au fond de mon coeur je voulais quelque chose de plus intériorisé, en lien avec lui, une sorte de communion heureuse.

Au départ, je me suis dit : « Il aurait eu 30 ans, on aurait fait une grande fête s’il avait été là ». Mais la vérité, c’est comme cela que je le ressens en tout cas, c’est qu’il est parti de ce monde à 28 ans et qu’il aura toujours de 0 à 28 ans dans mon coeur. Mes souvenirs avec lui ne vont pas au-delà de cette période. Alors oui, je pourrais toujours fantasmer ce qu’il aurait pu devenir après et bien sûr ça n’aurait été que du bon, fantasme oblige… Mais je me dis que la réalité ce n’est pas ça. Que la vie peut être parfois cruelle, on le sait bien nous leurs parents. Qui me dit qu’il n’aurait pas eu un autre problème grave plus tard dans sa vie ? Ou pas. Comment savoir ?

Aujourd’hui, j’ai des signes de lui et c’est tout ce qui compte en fait. Moi qui ne croyais en rien, voilà que je crois. Et il m’apprend tous les jours cette philosophie de la vie, qui n’en est pas une en fait, car la philosophie amène à reflechir alors que là c’est comme s’il me disait « Crois maman, crois et c’est tout ». C’est en dehors de toute religion et pourtant c’est peut-être cela la vraie foi pour moi. Celle qui fait que l’âge qu’il aurait eu aujourd’hui, si…, n’a plus aucune importance. Je sens qu’il est éternel et lorsqu’il m’arrive de douter de cette intemporalité je me rappelle tous les signes qu’il m’a envoyés jusque-là et je me dis tout simplement « crois ». Alors ce nouveau 27 août sans lui, je ne fêterai pas une année de plus à son âge, je fêterai le jour inoubliable de sa naissance. »

Marie-Thérèse, Marseille, le 27 août 2019

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