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À la veille des fêtes de fin d’année, Eric Dudoit est venu à notre rencontre partager le sens de ces fêtes et la difficulté de les appréhender en l’absence d’un être cher, et plus encore d’un enfant.
« Il arrive que l’enfant pour lequel on fête Noël ne soit pas là. Quel sens alors donner à ces fêtes? Est-ce que je vais faire semblant pour d’autres? Mais on a perdu l’esprit de ces fêtes. Que l’enfant soit là ou pas, il est là… L’esprit de ces fêtes c’est se rendre compte de la beauté de l’absence presence de celui qui manque.L’absence de l’enfant nous ramène dans notre intériorité que la vie de tous les jours nous fait perdre. Cette intériorité nous rend d’abord triste. C’est parce qu’on ne l’a pas pratiquée assez longtemps. Si l’on continue, quelque chose opére et on parvient à ne plus être triste. Il ne faut pas le refuser. On est comme cela les humains, quand on perd un être cher, on pense que si l’on n’est pas triste, on ne l’honore pas. Mais peut être que nos morts ont besoin que l’on se souviennent d’eux, et que l’on pense à eux dans la joie.
« Les religions nous disent qu’il est auprès de Dieu. Mais cela ne nous suffit pas. »
Qu’est ce qui nous fait croire que le monde d’ici et le monde de l’ailleurs sont séparés par une ligne infranchissable? Qu’est-ce qui nous fait croire que quand on décède c’est fini? Les religions nous disent qu’il est auprès de Dieu. Mais cela ne nous suffit pas. On aimerait bien qu’il descende un peu nous voir ici. On a besoin d’eux ici… Toutes les religions nous donnent la même réponse : il faut faire avec le manque. Mais pour mon enfant je ne sais pas faire avec le manque. Pourquoi? La norme sociale ne nous aide pas. Dans notre société l’enfant a ce poids énorme, on en fait la continuité narcissique de ce que nous sommes. On ne peut pas les perdre. Mais ce sont des êtres humains à part entière comme nous. Et quand on les perd, on ne les perd pas. On ne les voit pas, on ne les sent pas, mais est-ce qu’ils sont morts? Entre le monde d’ici et le monde de l’ailleurs, il n’y a peut être pas de porte fermée. Mais ce n’est pas pour autant que j’ai accès au monde de l’ailleurs.
Pour le vivre et le voir, il faut que je sois en joie. Mais je ne peux être en joie, puisqu’il me manque et que je suis triste. Je peux recourir à l’aide d’un médium, d’un chamane pour leur don… En vérité ils sont comme nous, on a tous les mêmes dons. Mais le chemin en eux est plus simple pour des raisons de parcours personnel différent. IL faut retrouver le chemin en nous aussi. Parfois on le trouve, mais on ne s’en souvient pas. Pour le trouver, il faut être le plus calme possible, lâcher prise, accepter, laisser les choses se faire, le souvenir comme l’oubli.
 
« Où voulez-vous trouvez l’autre ailleurs qu’en vous-mêmes? »
Où voulez-vous trouver l’autre ailleurs qu’en vous-mêmes? C’est à l’intérieur de nous que nous rencontrons nos amours. Et c’est encore plus vrai de nos enfants. Car nos enfants ne sont pas des hasards. Nous sommes des êtres de lumière qui faisons une expérience d’êtres humains. Nos enfants nous ont choisis. Dans nos vies occidentales, la présence d’un enfant donne un sens à notre vie. Quand il meurt, c’est la béance de notre être qui arrive. Alors on cherche en dehors sa présence (auprès de la psychologie, de la religion…), mais rien n’y fait. On est en plein coeur d’une initiation. Plus j’attends, moins il se passe. Plus j’attends, plus il se passe. Ce n’est pas parce qu’on ne s’apperçoit pas des choses, qu’il ne se passe pas quelque chose. Ce qu’on a à faire alors? Laisser la porte ouverte. Parce que la plupart du temos, la douleur nous fait fermer la porte et cacher la clé. Et si cette fois on laissait la porte ouverte et on jetait la clé? En ayant le courage d’Alice au Pays des merveilles: qui avance, marche et continue de marcher sans savoir… où elle est, où elle va… à la recherche de soi-même. Par opposition à l’attitude commune des humains qui disent toujours « je sais ». Il nous faut trouver une attitude ouverte où tout est possible. La présence et l’absence; il est là et pas là… dans certains lieux c’est plus facile, il nous faut trouver nos lieux…
« On ne peut pas perdre un enfant. »
Perdre un enfant. C’est faux, on ne peut pas perdre un enfant. Il est parti voyager. Il y a des enfants qui sont des grands voyageurs. Ne désespérez pas car cela ferme la porte. Mais est-ce qu’à force d’espérer on ne va pas être déçu? Mais c’est VIVRE. La vie est ainsi faite. A un moment on est déçu. Aucun objet ne peut remplir le coeur. Et la joie est sans objet. La joie ce n’est pas la distraction. Il faut apprendre à faire naître la joie, pas la distraction. Et arrêter de demander à la vie ce qu’elle nous donne déjà.
 
Quand j’étais étudiant, après 7 ans de théologie, je voulais rencontrer Dieu, qu’il vienne me voir. En vérité, Dieu était là, mais moi non. Pour être là, il faut être en joie, savoir que toute chose est liée à toute chose. L’absence, la présence c’est la même chose. J’accepte de ne plus sentir sa peau, et parfois de manière fugace je vais la sentir à nouveau Je vais reconnaître une odeur, un éclat, un regard…. C’est comme un aller retour. Celui que l’on aimait tant ne nous a jamais quittés. Un jour les yeux fermés, vous verrez. Pour faire le voyage, il faut être au plus près de soi. Et bien sûr, dans ces moments, il va nous manquer. Mais quelque chose va pouvoir advenir. Il faut être attentif, se tracer son chemin. Alors parfois on pleure, parfois il est là, et même quand on ne le voit pas, il est là. Faire des allers retours entre le monde de l’ici et de l’ailleurs, comme les enfants. Récupérer cette magie des enfants en nous. Notre enfant n’est pas notre enfant, c’est l’enfant de la vie et de la terre. Ses parents donnent la direction à la flêche et lâchent la flêche. Si notre enfant est parti, c’est qu’il avait fini de faire ce qu’il avait à faire avec sa flêche.
 
« Je suis là pour Le Point rose mais vous n’avez pas besoin de moi. »
La vie vous a enseignés ce que vous seuls allez pouvoir enseigner aux autres. On demande beaucoup à ceux qui peuvent beaucoup. La vie sait que vous pouvez aller loin et enseigner aux autres. A nous, aux médecins. Apprendre à annoncer la mort d’un enfant, à y faire face, à « mettre en travail » ce qu’il est si difficile de regarder.
 
Les autres vont rappeler la norme sociale. Votre mission va être de rappeler la norme humaine, montrer la joie tristesse. Il n’y a pas de tristesse sans joie, ni de joie sans tristesse. C’est pour cela qu’il y a un point rose dans le monde bleu. Les deux ne sont pas séparés, et le chemin a besoin des deux.
 
Il faut s’entrainer à enlever son masque social: Le Point rose est un lieu où l’on peut s’entrainer à l’enlever. Et peu à peu ce masque va devenir transparent. Pour trouver son être, il faut trouver son chemin. Et contrairement à ce que l’on croit, on est tout le temps accompagné. Cela prend du temps de trouver le chemin. Parfois une vie ne suffit pas. Le chemin c’est la joie, ça ne peut pas être la tristesse. On rencontre la tristesse sur le chemin. C’est différent. La joie c’est le moment où l’on sent le souffle de l’être qui vous manque nous traverser. C’est fulgurant et laisse très triste après. Mais c’est le chemin…. ».
Eric Dudoit est docteur en psychologie clinique et psychopathologie, responsable de l’unité de psycho-oncologie au CHU La Timone à Marseille depuis 2002. Il a créé en 2005 l’Unité de soins et recherche sur l’esprit au sein du centre hospitalier. Il est l’auteur de plusieurs pubublications sur la spiritualité dans les soins = Au coeur du cancer, le spirituel. Ces EMI qui nous soignent. Et en 2017, La Porte à franchir (éditions Le Passe-Muraille).
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