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Les mots des papas sont plus rares. Et leur rareté les rend encore plus beaux et plus puissants. Derrière chaque mot, chaque geste et chaque silence, on devine la plus grande des souffrances et le plus grand des amours. Merci Fred 🌟

Témoignage de Fred, le papa d’Ilana

Le Portail par Fred Mystic

Tous les soirs vers la même heure
Je me rends au petit cimetière
De mon village
Arrivé devant le portail
Je le pousse tout doucement
En quel honneur devrais-je déranger
Cet autre monde
Une fois que je me suis faufilé
Entre les battants j’ai l’impression
D’être entré dans une autre dimension
Tout d’abord ce silence incroyable
Seul le crissement de mes pas dans les graviers
Se font entendre
Je passe au milieu de tombes depuis si longtemps
Oubliées, sûrement ce manque de temps
De la part des vivants
Je m’arrête en haut de la butte
Et là je la vois toute petite
Perdue au milieu d’inconnus
Une petite tombe éclairée par des papillons lumineux
Je l’approche tout respectueusement
Pour les autres qui l’entourent
Je sors ma petite bougie que j’emmène chaque soir
Et l’allume avec tout mon amour
Et vais poser mon cul
Sur le petit t’as de cailloux
Qui fait face à la tombe de mon enfant
Et là je ferme mes yeux, je repense
À ce que l’on a été l’un pour l’autre
Pendant ce court laps de temps
Les jeux, les rigolades, les câlins entre un père
Et sa fille me reviennent en mémoire
Ces fusions comme il en existe si peu
Je me sens bien je suis avec elle
Je le sais, je le ressens
Je me trouve si apaisé
Cette tombe pour nous
C’est notre lieu de rendez-vous
Oublié le cimetière
On est là ensemble dans notre sphère personnelle
On communique sans ouvrir la bouche
Le temps ne nous regarde plus
On s’en fout de tout
Le temps s’est juste arrêté pour nous deux
Dans ce lieu insolite
Ce monde des morts
Malheureusement tout a une fin
Enfin jusqu’au lendemain
Où nous nous retrouverons
Autour d’une bougie
En attendant un jour une nuit
Peu m’importe
Ou nous nous reverrons pour de bon
Les mains serrées pour l’éternité
En attendant il me faut retourner
Dans ce monde tant détesté celui des vivants
Je remonte la petite côte
Je ne peux cesser de me retourner
Avec l’envie très forte de redescendre
Mais non ces momeents sont sacrés
Et doivent être distillés avec parcimonie
Je retourne jusqu’au portail
Qui m’attend comme un ami fidèle
Qui a l’air triste de me voir retourner
Dans un monde qui ne sera
plus jamais le même
Je quitte ce silence ce monde des morts
Que j’ai tant appris à aimer
J’entends
« A demain mon papa »
Sans réfléchir je réponds
« A demain mon ange, merci »
Et je referme ce passage vers ma fille
Ce confident, ce portail.

Fred Rienacirer

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