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Après la disparition de Paul, Rose a eu le besoin d’exprimer très vite par écrit les émotions et les questions qui l’assaillaient. Comment parler à son grand frère quand il n’est plus là mais qu’il occupe toutes nos pensées? Comment dire sa souffrance de petite soeur ? Et comment partager cette souffrance sans ajouter à celle immense de ses parents? C’est le dilemme des frères et soeurs « qui restent ». Alors Rose a écrit… à Paul. Pour lui dire tout ce qu’elle n’a pas pu lui dire, tout ce qu’elle ne peut plus lui dire. Elle a d’abord gardé ces mots secrets. Puis, plusieurs mois plus tard, elle a accepté de les partager sur le blog de sa maman. Et la magie a opéré. Les mots de souffrance sont devenus liens d’amour éternel entre la terre et le ciel, entre une rose et un petit prince, entre Rose et Paul….

 

Premier texte de Rose à Paul,  publié le 25 avril 2019

Lettre à mon Kiwi

Je vais parler de beaucoup de choses qui n’ont pas forcément beaucoup de liens entre elles mais qui me font plaisir de partager comme je les ai partagées avec Paul.

Je me souviens encore du jour où l’on m’a appris que ma vie changerait à jamais, je n’avais qu’une envie, c’était de me suicider. Mais je me suis rappelée la promesse que je t’avais faite il y a de ça 3 ans, au commencement de ta foutue maladie. Me faire promettre de rester soi-même et de continuer à vivre normalement…
Il n’y avait que toi pour dire ça.
Mais moi je ne sais pas ce que ça veut dire « vivre normalement » sans toi.

Aujourd’hui encore, je repasse tous les souvenirs de nous quand nous étions enfants. Je me souviens encore du jour où tu a failli me crever un oeil en jouant avec un simple bout de bois, eh ouais il en fallait peu…
Les jours où nous rentrions de l’école et où nous fixions nos animés (mangas sur écran pour les incultes 😉) préférés à la télé durant des heures et des heures ! Ces après-midi où nous lisions tous ces mangas ensemble étaient si exceptionnels ! Les jours où nous apprenions que le nouveau pokemon venait de sortir ! On en était tellement gaga !
Ces jours-là je m’en souviendrai toute ma vie tout comme les autres moments que nous avons passés ensemble car évidemment j’en passe des tonnes et des tonnes…
Malgré tout ça, je n’ai pas arrêté de penser à la magie du Japon qui nous a tant lié toi et moi.
Nous continuons tes collections de mangas, je finis tout ces pokemon, Zelda et Mario pour toi. Si tu savais comme ça m’aurait fait tant de bien de pouvoir poursuivre cette aventure, bien que presque entièrement virtuelle, avec toi.

J’essaye de me donner à fond pour continuer ce que tu n’as pas réussi à terminer au niveau scolaire. J’essaye de tenir mes promesses, notamment en maths et en technologie où tu m’avais fait promettre d’avoir des moyennes que tu n’aurais jamais eues. Évidemment c’est plus facile à dire qu’à faire…
Mais je tiens bon et je vais redoubler d’effort !
Malheureusement, je n’ai plus de grand frère, ce qui veut dire que l’exemple que je devrais suivre, ce sera à moi de le créer.
Mais je vais y arriver, pour toi.

Depuis l’annonce de ton décès, je ne fais que me remettre en question. J’en viens même parfois à me dire que tout ça est de ma faute.
Je regrette tant les jours où je n’ai pas eu le courage de te dire que je t’aimais plus que tout au monde. Aujourd’hui encore j’essaye de tourner la page, d’oublier tous ces moments de douleurs que tu as vécu, mais tu es parti si brusquement !

Jamais je ne me serais attendu à ça ! Mais il y a encore une chose que je me demande, fus-je une assez bonne petite soeur pour toi ? Toute ma vie cette question demeurera en moi, mais toute ma vie tu resteras aussi dans mon coeur.

Alors n’oublie jamais une chose : C’est que la vie c’est pas un kiwi.

Je t’aime Paul.

 

Plus d’un an après ce premier texte, Rose a eu besoin d’écrire à nouveau à Paul. Et dans son deuxième texte où transparaissent tant de nouvelles questions et de nouvelles émotions, on mesure tout le chemin parcouru par Rose, incroyable adolescente de 14 ans, portée par l’amour de son grand frère.

 

Lettre de Rose à Paul, publié le 17 mars 2020,  

Être si proche et être si loin…

Je te pensais près de moi mais le destin en a décidé autrement. Être si proche de la fin sans jamais avoir vu le début. Pourquoi ? Je veux savoir répondre à cette question, je ne vis que pour cette réponse. Je veux qu’on arrête de me dire que c’est le destin et que ça aurait pu tomber sur une tout autre personne. Ça ne marche plus, je ne les écoute plus. Je veux me faire une idée de tout ça. Je veux penser à notre algorithme journalier, à nos sourires volés, à notre bonne humeur et à notre joie de vivre. Tu m’as pris cette dernière comme le monde a pris ta vie… En la volant.
Je ne voulais plus penser à ça mais plus les jours avancent et plus ce sentiment revient en moi comme si une partie de toi n’était jamais réellement partie. Je me pose trop de questions. Pourquoi ça ne m’est pas arrivé ? Pourquoi ce jour là ? Pourquoi sans moi ? Pourquoi pas avec moi ? Je veux répondre à ces questions comme je réponds à un problème de mathématiques. Avec de la logique et un raisonnement. Une justification aussi.

Justifies-toi, c’est un ordre. Comment un problème peut-être résolu si un interlocuteur ne connaît ni la cause ni l’origine de ce dernier ? J’aimerais juste t’écouter, réellement. J’ai encore grandi depuis…
Je sais ce que je veux.
J’ai eu le temps d’y réfléchir.
À l’époque, je ne souhaitais que te revoir. Quel beau sens quand on y pense, de pouvoir admirer de teles choses autour de nous, colorées, figuratives, concrètes, comme l’amour que je porte pour toi.
À présent, je ne veux plus te revoir, juste t’entendre. Entendre de ta bouche des sons, qui forment des lettres, qui forment des mots, qui forment des phrases et qui me disent : « Je vais bien ».
J’aimerais t’écouter le dire, pour me rassurer, pour me faire comprendre que je n’ai plus à m’inquiéter et que ta vie doit être encore plus sublime là où tu es.
Juste une fois, juste un bruit, un signe…
Je veux l’entendre résonner dans ma tête pour qu’il se conserve dans un petit tiroir bien rangé jusqu’à ma mort, là où je pourrais partir le coeur léger avec cette gentille phrase qui m’efforcera mon dernier sourire : « Je vais bien.

Si proches…

Rose

Luap, Paul en verlan, le chat de Rose

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