Le Point rose

Témoignages

Rencontres avec Eric Dudoit, Docteur en Psychologie et Psycho-pathologie

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Le Point rose propose des rencontres avec des personnalités et des professionnels ayant quelque chose à partager avec les familles éprouvées par la perte d’un enfant et leurs proches. Psychologues, thérapeutes, philosophes, artistes, auteurs, sportifs… les personnalités que l’association invitent dans ses « Rencontres du Point rose » sont issues d’univers très variés, mais ont toutes en commun une sensibilité, un savoir-faire ou une expérience personnelle à partager avec les parents et les adhérents du Point rose.

L’une des personnalités invitées dans ces rencontres en 2018 est Eric Dudoit.

Éric Dudoit est docteur en psychologie clinique et psychopathologie, responsable de l’Unité de Psycho-Oncologie du service de soins palliatifs et Oncologie médicale du CHU La Timone à Marseille. Auteur de plusieurs publications sur la spiritualité dans les soins : Au coeur du cancer, le spirituel, Ces EMI qui nous soignent, et en 2017, La Porte à franchir, témoignage d’un passeur d’âmes (éditions Le Passe-Monde).

 « Il faut absolument parler pour que chaque mort devienne une vie » 

Un moment privilégié, informel et en plein air, dans le jardin du Point rose, sous le platane, pour échanger sur la vie, la mort, les liens, l’amour ; pour mieux penser la mort quand on tient à la vie ; pour s’autoriser à vivre après l’impensable.

Une rencontre pour parler de vie après la mort en quelque sorte, à l’image de cet échange entre Éric Dudoit et son patient, raconté dans son dernier livre :
– Pensez-vous qu’il y ait une vie après la mort ?
– Non, dis-je en souriant, il n’y a pas de vie après… il y a toujours la vie. La vie ne s’arrête jamais, c’est la forme que prend celle-ci qui change.

Rencontre du 19 mai 2018

Deux heures d’une richesse dont nous ne pouvons ici vous rendre qu’un tout petit aperçu au cours desquelles Éric Dudoit s’est adressé aux personnes confrontées au deuil d’un enfant, pour leur parler de la vie qui ne s’arrête jamais, du sens du désespoir, de la nuit de l’âme, du deuil de soi et de la métamorphose auxquels contraint la perte d’un enfant, de la renaissance de l’enfant en nous qui vient sauver l’adulte, de la créativité nécessaire pour « se béquiller » après une telle perte, de l’absence de jugement, et de norme face à chaque parcours unique, de la vie que l’on ne donne pas mais que l’on invite juste, parce que nous ne sommes toujours qu’un médiateur, un souffle, une respiration de la vie, du texte du Petit prince où il n’est question que de responsabilité, jamais de culpabilité, du risque d’aimer car aimer c’est toujours prendre un risque, le risque de la perte, quelle que soit la perte. Alors est-ce qu’on continue à aimer ou non ? La vie ne nous lâche pas avec ce questionnement parce que l’amour est toujours la réponse.

En répondant aux questions, Éric Dudoit a évoqué le fait que les parents orphelins d’un enfant se sentent souvent « moins » que les autres, privés qu’ils sont de la chair de leur chair. Mais combien ils sont pourtant infiniment « plus », avec cette responsabilité immense et cette aptitude à aimer plus beau, plus grand, plus fort que la mort. « On demande beaucoup à ceux qui peuvent beaucoup » rappellent les Evangiles. La vie ne nous demande rien que l’on ne puisse lui donner…

« L’accompagnement spirituel est essentiel en fin de vie » (extrait d’une interview d’Eric Dudoit pour le magazine Psychologie)

Rencontre du 7 juillet 2018

Comment résumer les mots, la voix et les silences de cette deuxième rencontre avec Éric Dudoit sous le platane du Point rose ? Pas facile, mais si important pourtant pour les partager encore plus, alors on essaie…

Comment être en présence, en silence, quand tout au fond de soi c’est le chaos ? Quand on perd quelqu’un qui selon notre culture ne doit pas mourir avant nous, alors le moi se réveille, se pose mille questions, et opère mille comparaisons.

L’acceptation. C’est bien la question. Est-ce que j’accepte d’être encore présent au monde ou absent au monde ? Si je n’accepte pas, je crée en moi une disharmonie. L’acceptation aide à être plus paisible. Rien ne peut enlever le manque, la douleur, la blessure. Mais ces 3 choses peuvent devenir quelque chose d’aussi puissant qu’un arbre qui accepte d’être juste là.

Méditer c’est être en silence, accepter de vivre même la pire des réalités en sachant que ce chaos, ces zones de turbulence sont nécessaires sur son chemin. Et c’est peut-être au bout du chemin que l’on peut être bien. Route ou chemin de traverse, en marche avant ou marche arrière, et même à l’arrêt… tout cela est le langage humain et la vraie expérience de la spiritualité.

Il faut arrêter de croire que l’on peut gérer et décider pour l’univers et avoir confiance en l’univers pour toujours nous mener là où on doit aller. Cela n’est jamais perdu. Quoiqu’il nous arrive, il y a la solution en nous. La solution ça n’est pas ne plus souffrir, c’est faire avec. Et en acceptant, on s’ouvre alors à la possibilité d’autre chose. On laisse à nouveau circuler le silence, la vie et la joie silencieuse à l’intérieur de soi. La vie ne s’arrête jamais. Rien ne peut me préparer à la mort de mon enfant. Mais peut être que la vie m’a donné à la vivre…

Les autres. Pas de règles, ni de conseils à écouter, fuir les «tu devrais», les «y’a qu’à», les «il faut». Il y a juste la vie, et nos solutions particulières. Aucun être humain ne peut trouver pour nous la solution. Mais les êtres humains peuvent être des signes sur le chemin pour nous aider à trouver la clé. Ces personnes se reconnaissent. Il se dégage d’elles comme des effluves, le parfum des psychés, une véritable syntonie entre elles et nous.

« l’amour est bien la seule chose qui puisse guérir le cœur humains »

Quand on porte un si grand malheur, il se peut que certains s’éloignent de nous car ils n’y arrivent pas, ils ne peuvent pas. Mais il faut être indulgent aussi avec eux, et il est possible de les amener lentement, doucement à être avec nous tout simplement, même sans parler. Être intelligent, ce n’est pas acquérir des objets de savoirs mais la capacité à vivre dans un monde partagé.

Quand la vie sent une potentialité incroyable dans un être humain, elle le secoue et le met au défi.

On trouve sa réponse dans le partage avec l’autre et dans le silence de ce partage. Dans ces partages, on enrichit son regard, on arrive à voir le monde comme un peintre ou comme un agriculteur. Au terme de cette nouvelle rencontre, Éric Dudoit nous a offert ce partage et le silence de ce partage. Il a enrichi notre regard sur la vie et sur le malheur des parents en deuil, et il a enrichi le sien dans ce même partage, concluant : « le chemin que vous allez prendre vous appartient, mais si je suis une voix sur ce chemin, je serais heureux ».

S’adressant à nos parents, Éric Dudoit a aussi concédé : «Je ne peux même pas mesurer la béance de la souffrance en vous. Mais vous allez construire quelque chose de plus humain encore que l’humain avec votre souffrance et votre amour». Et au terme de votre vie, au moment de fermer les yeux sur le monde, j’ai l’assurance que vous sentirez la main de votre enfant dans la vôtre et vous l’entendrez-vous dire alors «merci»…

Merci Éric Dudoit pour ces partages si précieux.

Prochaine Rencontre avec Eric Dudoit, Samedi 13 octobre 2018 à 10h30, au siège de l’association (7001 avenue Marcel Mattéoda 13480 Cabriès).

Participation : Gratuit pour les adhérents et 10€ pour les non-adhérents.

Inscription obligatoire : par mail lepointrose@yahoo.com ou tél 06 81 23 17 57.

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Une rentrée des classes sans toi…

Aujourd’hui c’est la rentrée des classes. Combien de parents ont le coeur serré en n’accompagnant pas leur enfant ? En se rappelant sa dernière rentrée ou en imaginant celle qu’il n’aura jamais… L’angoisse et la tristesse se sont installées doucement la semaine précédant ce grand jour, jusqu’à prendre toute la place la veille au soir. Même en ayant la chance de préparer la rentrée de son frère ou de sa soeur, l’enfant défunt créé un vide abyssal encore plus difficile à vivre à cette période.

Les déclarations des parents en deuil n’en finissent pas de l’exprimer sur les réseaux sociaux :

Edgar et Louis, rentrée 2015

Edgar et Louis, rentrée 2015

« Ce soir, j’ai une revendication particulière à faire en cette veille de rentrée… certains enfants, Loulou, Carla, Roma, Capucine, Valérie, Théo, Renaud, Flavien , Chloé, Ivaylo, César, Lyndsai, Eleana, et bien d’autres, pardonnez moi, la liste de tous ces enfants serait bien trop longue, ils sont tellement nombreux, n’inaugureront pas leurs nouveaux cartables, leurs nouvelles chaussures et seront absents des bancs de leurs écoles, de leurs cours de récréation …. alors, une pensée pour eux, demain, quand vous accompagnerez vos enfants, serait leurs rendre un bel hommage…..Cette photo a été prise le matin de la dernière rentrée de Louis. Demain, Edgar sera seul… demain, Louis ne fera pas sa rentrée en 6eme…. », demande Véronique, maman de Louis et Edgar.

« Ce soir, je n’ai preparé qu’un seul cartable, qu’une seule tenue,..etc. et demain matin, sur le chemin de l’ecole pour cette 1ere rentrée une de mes mains se refermera sur le vide… Il y a de nombreuses choses pour lesquelles je ne sais pas quand elle les auraient faite, perdre sa 1 ere dent, se marier, devenir maman…mais demain je sais ce qu’elle aurait du faire. Alors ce soir mon coeur saigne comme la pluie…. », partage Géraldine, maman d’Elouenn, soeur jumelle Margod.

Pour Stéphanie, maman de Renaud, le jeune frère de Coline et Thibault : « À l’heure où tous préparent leur rentrée, il n’y aura pas de rentrée pour toi cette année … et il n’y aura d’ailleurs plus jamais de rentrée pour toi chéri… Ta dernière rentrée c’est de manière héroïque que tu l’as faite … je n’oublierai jamais les cris de bonheur et l’émotion des enfants en te voyant, tous ont été fiers et épatés de cette force et de ce courage dont tu as fait preuve… et tu auras été « leur mascotte du collège » »

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Lélia et Pablo

Pour Isabelle qui compte les années qui la sépare de sa dernière rentrée avec sa fille  Lélia : « Deux ans que je ne prends plus de photos pour la rentrée… Demain pour la cinquième fois Pablo fera sa rentrée sans sa soeur… ».

 

La veille de la rentrée, Nathalie pense douloureusement au temps heureux où elle collait encore les étiquettes au nom de Carla-Marie sur toutes ses petites affaires…

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Lydie poste sur sa page Facebook, en pensant à Théo qui n’accompagnera pas sa grande soeur Léa : « Tous ces petits anges qui ne feront plus jamais leur rentrée des classes dont Théo qui aurait dû rentrer en CP… dans l’espoir que la recherche progresse enfin ».

Rosalia, pour la première rentrée de Zoé sans son grand frère Yvaylo, met un point final à ses Bulles d’air, un recueil de poèmes et de récits autobiographiques commencés à son chevet : « Le point final est mis.
Pour cette rentrée d’aujourd’hui. Pour ces 20 classes au moins*. Afin que ce qui avait été écrit, puisse être connu, et que la connaissance devienne notre force ». (*500 enfants, soit l’équivalent de 20 classes, décèdent chaque année en France du cancer)

A la question de comment elle vit cette première rentrée sans Chloé, la petite soeur de Charlen, sa maman Christelle écrit tristement : « Que c’est difficile de ne pas avoir préparé cette journée avec elle, de ne pas avoir le récit de sa 1ère journée en 5ème. Depuis quinze jours, j’y pense tous les jours. Je ne pourrais plus l’attendre sur le chemin du retour, l’inscrire et l’accompagner à l’escalade. Je ne l’entendrais plus me réciter ses poésies. Et surtout je ne pourrais plus l’embrasser le matin avant qu’elle parte… »

Quant à Sandrine, qui n’accompagne plus d’enfant à l’école ce matin.. : « Voir les copines de Roma sur Facebook faire leur rentrée sans elle est des plus difficile ».

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Le post de Melisa, maman de Gisèle décédée à 6 mois

 

Alors comment vivre cette rentrée ? En l’évitant et faisant tout pour l’ignorer ? En fuyant les médias et les réseaux sociaux inondés des posts de parents heureux et fiers de la rentrée de leurs enfants ?

Et quand on doit prendre le chemin de l’école malgré tout pour son autre enfant, quand on a encore cette chance-là que tous les parents n’ont même pas hélas, en faisant comme s’il ne manquait pas son frère ou sa soeur ?

En saluant les autres parents comme si on était un parent comme les autres sans évoquer son enfant absent qui fait si peur parce qu’il rappelle que cela peut arriver de perdre son enfant?

Tout le monde, nos parents les premiers (souvent pour ménager les autres parents et ne pas se sentir en plus dérangeants ou rejetés) fait comme si tout était (presque) normal…

 

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Toutes ces solutions apparaissent souvent aux parents les seules possibles. Et pourtant… Aucune ne les aidera. Au contraire. Elles risquent fort de les enfermer un peu plus dans leur malheur en les isolant et en les obligeant à faire comme si la vie avait repris son cours (presque) normal tandis qu’ils vivent toujours intérieurement un tsunami émotionnel dévastateur.

Alors quelle est la solution? La solution, c’est d’oser en parler et faire face à la réalité. Une école qui a vécu quelques mois plus tôt la perte de l’un de ses élèves ne peut reprendre son cours normal la rentrée suivante… »comme si de rien était ». Ses élèves, ses enseignants, tout son personnel sont forcément encore marqués par ce drame.

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La rentrée solitaire d’Armani, la grande soeur d’Eleana

Alors, osons évoquer l’absence de l’enfant, osons parler de ce frère ou de cette soeur, de ce camarade qui manque à l’appel et auquel beaucoup penseront en silence. Osons imaginer une action, réfléchir à une oeuvre collective à proposer aux écoles et aux enfants qui les libèrera de ce poids vécu dans le silence.  Ne plus en parler, quand c’est encore aussi présent dans les coeurs et les mémoires, n’aide pas à oublier.

Oser parler d’un sujet douloureux, c’est déjà l’accepter sans le nier. C’est commencer à le mettre à distance. Et l’acceptation est bien la première étape de la résilience. Oser en parler pour le transformer, lui faire une place dans la réalité pour qu’il ne prenne pas toute la place, c’est lui donner un sens et faciliter la vie et la résilience de ceux qui restent.

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Clarisse, portée par Capucine, sa grande soeur Point rose

Aux parents, aux fratries en deuil, c’est montrer qu’on les accepte avec l’enfant défunt qu’on n’oublie pas, qu’ils ne sont pas obligés de le cacher pour être à nouveau fréquentables.

Aux camarades de classe, c’est montrer qu’après un aussi grand malheur, il est possible de vivre sans oublier, et même de transformer le malheur en vie, force et partage.

 

C’est cette solution que Le Point rose propose aux établissements scolaires confrontés à la perte contre-nature d’un enfant,  sous la forme d’une intervention en deux temps: 

Un échange et une réflexion théorique d’abord, animés par des psychologues et professionnels de la résilience.

 

Une mise en application pratique collective ensuite, avec l’intervention d’éducateurs spécialisés. Car parler dans ce domaine doit préparer à vivre ensemble le meilleur comme le pire. Les possibilités de mise en application sont multiples et sont à imaginer avec l’école et ses enseignants en fonction des temps forts de la vie de l’établissement ou de ses activités:

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Faire travailler les élèves sur le projet artistique d’une fresque où chacun y mettra un sens en lien avec son vécu; Organiser une journée sportive ou festive au cours de laquelle les enfants pourront imaginer une action en hommage à l’enfant : une course, une chorégraphie, un concours, une chorale, une pièce de théâtre, un spectacle, une lecture…. Les possibilités sont très nombreuses et à penser avec les enseignants et leurs élèves.

21318918_1683692494997709_8093170811917932943_oLes enfants sont si créatifs qu’ils nous étonnent bien souvent par leur sens naturel de la résilience, leur capacité à créer et imaginer des actions tournées vers la vie et le partage.

 

Et pourquoi pas le jour de l’anniversaire de l’enfant? Jour que son frère ou sa soeur, ses amis dans l’école auront tôt fait de rappeler et de se rappeler.

Alors plutôt que de les inciter à vivre cette journée seuls dans le silence et la peine, encourageons-les plutôt à oser parler de ce qu’ils ressentent et de ce que le souvenir de l’enfant leur inspire.

Nathalie se remémore le jour du premier anniversaire du décès de sa fille Carla-Marie qu’elle appréhendait tellement en allant chercher à la sortie de l’école sa fille cadette Paloma de 8 ans et sa cousine Julia.  Quelle ne fut pas sa surprise quand Paloma et sa nièce, scolarisée dans la même classe que Carla-Marie, lui remirent à la sortie un épais recueil de dessins intitulé :

« Les petits délices de Carla-Marie ».

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Sur chaque page, les enfants s’étaient représentés chacun dans l’une de leurs passions ou activités préférées. Emerveillée et surprise, Nathalie avait alors demandé à Paloma le sens de ce recueil.

 

Et Paloma lui avait expliquée : « C’est pour montrer à Carla-Marie que la vie est toujours belle et que chaque fois qu’on fait quelque chose qu’on aime beaucoup, on pense à elle ».

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FullSizeRender-352Les enfants sont étonnants de ressources de résilience quand on leur laisse la liberter de les exprimer.

Ce jour-là c’était les enfants eux-mêmes qui avaient appris à leur enseignant, (nouveaux dans l’établissement), le triste anniversaire et c’était eux qui avaient proposer de réaliser un recueil de dessins.

 

On s’apperçoit qu’il est alors possible de concilier ce que l’on pense souvent inconciliable, à savoir la vie et le deuil. Montrer aux parents que la vie continue et qu’il ne doit pas en être autrement au nom de tous ceux qui restent. Mais précisément, au nom de ceux qui restent, montrer que l’on peut continuer à vivre sans avoir pour cela à oublier l’enfant qui nous a quittés. Montrer aussi aux éléves, collegiens, lycéens que l’on peut vivre un aussi grand malheur sans qu’il sonne la fin du bonheur, et sans qu’il condamne à vivre dans  le déni, la culpabilité ou le tabou.

Montrer par des petits gestes, des petites attentions que l’on avance sans oublier l’enfant qui n’est plus parmi les autres, c’est assurément le plus grand réconfort à offrir à ses parents qui vivent ces premières rentrées sans lui si difficiles.

Apprendre aux grands et aux petits à faire une place au malheur pour qu’il ne prenne pas toute la place et leur apprendre ainsi la résilience, cette aptitude à renaître après un malheur, sans oublier pour autant.

Alors, grâce à l’entraide, au partage et au regard bienveillant, ce jour de rentrée peut devenir pour tous un jour symbole de résilience et de renaissance, comme les y invitent les mots de Stéphanie, maman de Capucine, la grande soeur défunte de Clarisse :

« J’ai une pensée particulière ce soir en cette veille de rentrée pour toutes les mamans et les papas qui ne feront pas la rentrée de leur enfant. ..je (nous) vous souhaite de passer aussi sereinement que possible cette journée et cette année scolaire si compliquées pour (nous) vous… Je dédie cette journée de demain à tous nos petits anges partis trop tôt. Que ce lien d’amour qui nous unit désormais à eux nous remplisse le coeur et nous conduise sur ce difficile chemin de la résilience… ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Médiation animale pour apprivoiser l’absence

De très nombreuses familles endeuillées, font l’expérience du réconfort auprès de leur animal de compagnie. Prendre soin de son animal, le voir, l’entendre, le caresser, lui parler, aide à combler l’absence par une présence bienveillante et les obligations envers l’animal aide à apprivoiser un quotidien qui fait peur désormais. Il arrive aussi que l’animal soit un lien entre l’enfant disparu et sa famille, quand celui-ci avait été offert à l’enfant par exemple, ou quand ce dernier aimait jouer avec lui. Autant de raisons qui font des chiens, des chats, mais aussi des équidés, des rongeurs…, des alliés sur le chemin de la résilience des familles.
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Depuis la disparition de sa fille, Stéphanie confie son attachement à Jipy, le bichon maltais offert à Capucine, durant la phase de rémission de son cancer :
« L’amour d’un chien… pur, inconditionnel, unique, fidèle… Il nous connait, il ressent nos émotions… Il est notre thérapie au quotidien. »
Et nombreux sont les parents à confier ou avouer comme Stéphanie éprouver un lien à leur enfant à travers son animal.
« On a offert Jipy à Capucine en novembre 2014 à la fin de sa radiothérapie. On lui avait promis au début de ses rayons… Souvent je me dis que Capucine vit en lui… C’est une drôle de sensation. Peut-être parce qu’il est collé à moi comme l’était Capucine… ».
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Mais au delà du réconfort évident, ce que l’on désigne en psychologie par l’expression « médiation animale » s’avère aussi thérapeutique et un outil important pour accompagner les personnes fragilisées.
 

Médiation animale et pouvoir thérapeutique des animaux

Marjorie Cesaro, psychologue clinicienne et intervenante en médiation animale pour Le Point rose, explique ce pouvoir thérapeutique des animaux:
« Les animaux vont servir à créer du lien,  une surface de projection qui peut conduire les personnes, adultes ou enfants, avec ou sans difficultés majeures, à dépasser des maux, à mettre des mots en étant présent simplement dans le contact. Leur regard sans jugement, leur amour inconditionnel, l’acceptation de l’humanité là où elle en est, seuls les animaux peuvent donner cela en très peu de temps. Prendre soin de l’autre avec cette présence va aussi permettre de travailler le détachement et de pouvoir accepter la séparation… Selon les espèces animales utilisées il y a l’image du corps, le rythme, la stigmatisation… on accueille la notion de réparation par l’effet miroir par exemple. »
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Les animaux sont naturellement en accord avec eux-mêmes, et vivent pleinement leurs émotions, ils peuvent alors être un reflet très puissant de ce que nous aspirons à faire et à être, nous reconnecter à notre enfant intérieur, à nos émotions, à nos désirs,nos besoins .
 
« Ils sont créateurs de lien, explique la psychologue. Ils accompagnent adultes enfants avec ou sans difficultés pathologiques à dépasser des maux, à mettre des mots en étant présent simplement dans le contact. Leur regard sans jugement, leur amour inconditionnel, l’acceptation de l’émotion, nous donnent confiance en notre propre capacité d’amour ».

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Les animaux et leur pouvoir sur les enfants et parents en deuil …

Dans le cas des familles frappées par la perte d’un enfant, la médiation animale revet une dimension thérapeutique encore plus intéressante. En effet, selon Marjorie Césaro :
« Les animaux ont un pouvoir de réconciliation et les liens qu’ils permettent de créer entre les enfants, et entre les parents en deuil sont très importants dans le processus d’apprivoisement de la souffrance, du manque physique. Ils aident à ce sevrage du manque physique par ce rapport au vivant et à l’amour inconditionnel qui VIT en chacun, à l’acceptation totale des émotions là où elles sont, comment elles se manifestent. Les animaux sont des êtres vivants qui ont cette capacité de donner sans juger, sans attendre de la personne qu’elle soit « bien ». Ils apportent dans leur regard, leur sensibilité, cette écoute bienveillante qui fait d’eux aussi le confident auquel on peut parler de ses MAUX aussi bien en MOTS qu’en EMOTIONS, qu’en E-MAUX-TIONS. »
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« Les animaux ont aussi une forme de dépendance à leur « humain » ce qui demande à ce dernier de se dépasser pour en PRENDRE SOIN, pour le nourrir, le sortir. Ce même « prendre soin » qui est impensable pour des parents en deuil de s’accorder désormais à eux-mêmes, ils vont pouvoir le transposer à l’animal. Là aussi, les animaux sont un lien vers le vivant, dans la vie, vers le dehors, le HORS SOI. »
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« Travailler avec les animaux, une source de bonheur et de bienveillance »

« En tant que professionnelle, travailler avec les animaux est une source de bonheur et de bienveillance car ils viennent donner du sens à une alliance thérapeutique, ils renforcent les liens qui se tissent et sont des médiateurs de partage. En tant que tiers, ils sont le support de beaucoup de projections et donnent la possibilité immédiate d’une communication vraie, où on se parle avec amour. Pour moi être psychologue et intervenante en médiation animale c’est aimer l’Autre, avoir la croyance profonde que la mort fait partie de la vie, qu’elle est dans la Vie, que les parents en deuil, les fratries en deuil ont une capacité d’amour et de résilience qui me donnent la possibilité d’être présente à leur côté, d’avoir la chance de les rencontrer et de partager avec chacun d’eux leur histoire de Vie. »

Les lapins du Point rose

Lors des groupes de parole et activités proposées dans le cadre des Après-midi Chamallow, des ateliers pour les juniors et des Samedis du Point rose, la présence de petits lapins est un facilitateur relationnel considérable.

Les Après-midi Chamallow

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« Nos lapins ont un pouvoir rassurant sur les personnes éprouvées par un deuil aussi contre-nature que le deuil d’un enfant, explique la psychologue du Point rose. Or, rassurer un animal craintif et apeuré au début, l’apprivoiser, le tenir dans ses bras est déjà un début de réparation, avec la notion de vie et de séparation en même temps. Car une fois rassuré souvent l’animal va vouloir explorer… comme un enfant qui se sent sécurisé. »

Voir aussi : https://www.lesinrocks.com/inrocks.tv/le-court-metrage-danimation-sur-le-handicap-qui-a-emu-le-monde-entier/

Marjorie CESARO – Psychologe clinicienne / Intervenante en Médiation animale. Tél. 06 60 62 61 46

TEMOIGNAGE – Quelques grammes de sable et d’Amour

 » J’ai déplacé quelques grammes de sable de mon index comme on creuse le sillon de l’amour ». Les mots bouleversants d’Arnaud pour son fils Nivan et pour tous les enfants partis trop tôt…💞 »

 

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« J’ai déplacé quelques grammes de sable de mon index comme on creuse le sillon de l’amour.

J’y ai inscrit vos prénoms amoureusement, comme on grave sur la peau de la terre ce qui compte plus que tout.

Voir apparaître sous le feu de mes doigts le dessin de votre histoire me fit une sensation étrange.

Celle d’y percevoir vos vies et ce que j’en connais, ce que je ressens aussi lorsque vos prénoms viennent peupler mes pensées…

« La quiétude romantique de Carla-Marie, la douceur infinie de Loulou… »

La quiétude romantique de Carla-Marie, la douceur infinie de Loulou, le « Ça va se placer » d’Andy, la beauté pure d’Ophélie, la beauté sublime de Timéo, la bravoure d’Alexandre et de tant d’autres trésors emplissant mes pensées se tatouèrent alors sur la plage de Fuerteventura comme on débarqua dans un autre temps sur les plages de Normandie.

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Vos prénoms tatoués sur la plage de Fuerteventura

Alignés les uns à côtés des autres vous sembliez une armée d’amour venue libérer ma gorge nouée de vos absences.

Tu étais là aussi mon amour. Comment pourrait-il en être autrement..

« Nivan, mon amour. Il suffit ainsi de 5 lettres pour que ta beauté jaillisse du sol… »

Il suffit ainsi de 5 lettres pour que ta beauté jaillisse du sol encore vierge et triste quelques instants plus tôt.

Nivan, mon amour….

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Agenouillé sur le sol je décidais d’immortaliser cet instant, comme on prie peut-être, comme on vénère plus sûrement.

Et puis en quelques secondes, le vent fit son œuvre dans cette lagune sublime bercée du soleil des dieux et des kitesurfeurs.

Un à un les espaces créés en votre honneur dans le sable tiédi par mon index amoureux se comblèrent et les grains de sables envolés dessinèrent des volutes subtiles dans le ciel des Canaries.

Vos prénoms s’évanouirent pour s’envoler vers d’autres cieux.

Quelques grammes de sable et d’amour livrés au gré du vent et d’un hasard audacieux.

« J’eus alors la sensation éphémère de vous avoir fait exister en ce lieu. »

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J’eus alors la sensation éphémère de vous avoir fait exister en ce lieu. Que ce sable honoré d’avoir dessiné vos contours sublimes volait plus majestueusement encore, ému qu’il était de vous avoir rencontrés.

Papa rêve peut-être mon trésor, il le sait.

Mes yeux humides d’avoir pensé recueillir alors quelques fragments de vous apportés par le vent. J’ai ainsi poursuivi mon chemin, comme on poursuit son destin, cherchant un sens à ce qui n’en a pas.

Et si ma vie devait se résumer à écrire vos prénoms comme on récite une prière.

À graver le sable et la terre de mon index portant les stigmates de vos vies brèves mais essentielles.

À faire vivre ici et ailleurs le souvenir inaltérable de vos batailles, de votre unicité et de votre courage.

À vous rendre éternels dans un océan d’amour balisé de mes pas comme de ceux des parents partageant mon destin.

« Espérant que quelques grammes de sable vous rendront éternels comme vous l’êtes dans nos cœurs… »

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Alors ma vie aurait peut être la beauté de celle du combattant partant épuisé sur le front, prêt à payer de son existence, la quête d’un idéal.

Avancer péniblement vers demain, avec la seule certitude d’avoir pour cadeau vos destins et vos histoires.

D’en mesurer le poids et le prix, l’injustice aussi, pour trouver la force de graver encore et encore vos prénoms comme on s’adresse au ciel.

Espérant que quelques grammes de sable vous rendront éternels comme vous l’êtes dans nos cœurs grossis et enrichis de votre amour et de nos manques.

Papa est là mon trésor, il n’a pas terminé sa mission. »

Arnaud van Driessche, Fuerteventura, février 2018

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Arnaud van Driessche, Fuerteventura, février 2018

TEMOIGNAGE – Avec mon enfant se sont envolés les derniers rêves du couple

« Quand on perd un enfant, on pense perdre son droit au bonheur et à l’amour.. Je l’ai cru pendant plusieurs années, ou du moins, je m’en suis persuadée…

Tout avait explosé en moi, mes repères, mes croyances en l’avenir, mon goût de vivre, mon envie d’avancer, mon envie d’aimer tout simplement. J’avais juste envie de rester là, figée, de ne plus bouger et d’attendre la fin… la fin qui me permettrait de rejoindre mon enfant…

« Mon corps de femme est devenu pour moi un étranger »

Et je crois que je m’étais comme coupée des émotions autres que celles de la souffrance et du malheur, que je pensais ne jamais pouvoir éprouver un autre sentiment que celui d’être une femme morte, morte de l’intérieur sans envie, sans besoin, en état de survie tout simplement.. enfin je le pensais…

Mon histoire commence par le simple constat que mon corps de femme est devenu pour moi un étranger… Lui qui a su accueillir cette graine, la faire grandir et donner naissance à cet enfant aujourd’hui disparu, ce corps semble ne plus m’appartenir. Je lui en veux.. comment ai-je pu, moi génétrice, donner à mon enfant, des mauvaises cellules? Des cellules de mort…

« Mon corps coupable de ne pas avoir fait un bébé en bonne santé… »

Alors, on se victimise, on se flagelle, on se culpabilise… il faut bien trouver un coupable. Et quand on ne le trouve pas, si ce n’est pas l’Autre, c’est donc moi… Moi la seule responsable de la mort de mon enfant, ce corps qui a fabriqué et porté ce bébé, mais ce corps qui n’a pas été capable de faire un bébé en bonne santé…

Alors forcément on se replie sur soi, on ne le regarde plus ce corps coupable, il devient étranger. On le touche mais on ne le ressent plus. Froid comme la glace, il ne nous appartient plus…

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Et l’amour dans tout cela ? comment refaire l’amour après un tel traumatisme ? comment accepter que le père de mon enfant disparu, puisse encore poser ses mains sur mon corps mutilé ?

Comment accepter qu’une personne aussi proche que mon mari, ose toucher le corps que je rejette et que paradoxalement je ne veux plus partager, mais garder pour moi car il a aussi accueilli mon enfant chéri, il l’a aussi tenu dans ses bras, il a été aimé par lui?

Là est tout le paradoxe : je déteste mon corps, je ne veux plus en prendre soin, je voudrais le mutiler, alors je le  saccage en prenant du poids volontairement (car manger me donne l’impression de remplir son vide viscéral), et en même temps tout en le détestant je veux le protéger, le préserver, que plus personne n’y touche, puisque mon enfant ne pourra plus le serrer… Il n’est plus qu’à moi, ou peut-être à lui…, puisqu’il a lui a donné naissance… Je crois qu’inconsciemment je voulais voir mourir mon corps comme celui de mon enfant, lui léguer mon corps à défaut de ma vie, puisque c’était la seule chose que je pouvais encore lui offrir…

« J’ai fini par croire que je n’étais plus digne d’être aimée »

IMG_6599Alors je me suis réfugiée dans le rejet total de l’amour ; rien que les mains de mon mari sur moi sont un calvaire, ce mari exceptionnel qui tente tout pour ré-apprivoiser le corps de sa femme, pour que l’envie revienne, qui ose doucement approcher ses mains… Mais, en vain. Je reste figée. Je n’y arrive pas. Je culpabilise. Je pleure. Je hurle ma détresse. Rien n’y fait, le blocage est là, et les verrous ne sautent pas aussi vite…

 

J’ai fini par croire que je n’étais plus digne d’être aimée, plus apte à aimer un homme, ni à me laisser aimer.

« Notre enfant qui nous unissait à jamais est parti emportant avec lui les derniers rêves du couple »

J’ai surtout compris avec le temps que faire l’amour avec le papa de mon enfant ne serait plus jamais la même chose. Il est devenu Autre… Je ne parle pas de désamour ou de la fin de l’amour, je veux parler d’un amour resté figé, et qui a du mal à rebondir, à repartir… parce que ce qui nous unissait à jamais, notre enfant, est parti. Parce qu’il s’est envolé emportant peut-être avec lui les derniers rêves du couple…

Dans l’un de ses livres sur le deuil, Christophe Faure explique qu’un couple qui vit un deuil aussi important que celui de la perte d’un enfant, vit côte à côte en quelque sorte. Il explique que le deuil ne peut pas toujours se faire ensemble et que chacun peut rester dans sa bulle, sa souffrance, l’un à côté de l’autre certes, mais malheureusement pas toujours ensemble. Il en est ainsi en tout cas, dans mon couple. On évolue différemment, on pleure à des périodes différentes, bien souvent décalées (et peut être tant mieux) mais on peut difficilement parler ENSEMBLE de notre tristesse.

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Le désarroi et la souffrance que je lis dans les yeux de mon mari quand il rentre le soir à la maison, après des journées denses de travail, me rappellent combien moi aussi je vis la même chose. Et je ne peux le partager avec lui, car tomber ensemble c’est prendre le risque de ne pas pouvoir se relever et je ne me sens pas assez forte pour prendre ce risque-là.

Et faire l’amour avec une personne qui vous rappelle combien vous souffrez mutuellement est pour moi, en l’état actuel des choses, juste excessivement douloureux.

Alors la vie continue. On essaie de se rattacher aux quelques plaisirs de la vie, des rencontres, des partages, des personnes qui vont venir jalonner notre vie et qui vont nous faire comprendre que OUI il faut continuer sur ce chemin. Le corps ne suit peut-être pas, mais la tête, elle, est bien posée sur les épaule et elle nous dicte qu’il faut avancer. Le cerveau est donneur d’ordres… on est bancal avec ce corps qu’on ne veut plus aimer, mais on est debout.

« C’est ainsi que la vie m’a apporté un rayon de soleil »

C’est ainsi qu’à travers mes discussions et mes rencontres, la vie m’a apporté un rayon de soleil…

Moi, le femme en deuil, j’ai réappris à aimer. J’ai appris à ressentir de nouveau l’envie… Mais le destin veut que cette personne qui m’a redonné l’envie d’aimer n’est pas mon mari…

J’ai bien conscience que je risque de choquer, d’interloquer ou de surprendre. Mais j’ose le dire dans un témoignage honnête et sincère… sans hypocrisie…

OUI moi, une maman endeuillée, je découvre en ce moment l’amour dans les bras d’un homme qui connait mon histoire mais qui n’a pas été acteur de ce mauvais scenario. Il est étranger à ma vie d’avant. Il a dans un premier temps posé sur moi son regard compatissant et fraternel, il m’a juste écoutée en toute objectivité, il m’a rassurée, il a aussi pleuré avec moi, mais il m’a aussi réappris à sourire…

Il m’a fait comprendre que oui, j’étais vivante et bien vivante. Des centaines de kilomètres nous séparent mais il est toujours là quand j’ai besoin de parler de tout et de rien, de mon enfant, de ses enfants, de la vie, de nos couples respectifs…

« Et puis, on s’est donné rendez-vous, on s’est vu… »

On s’était connu à l’école, je l’avais aimé d’un amour d’adolescente fleur bleue, et on se retrouve… quelques décennies plus tard et la magie a opéré… une magie de conte de fées où je m’autorise d’un seul coup à oublier la maman meurtrie que je suis, à ne plus penser à rien si ce n’est à l’image que cet homme soudainement me renvoie de moi, dans sa douceur, dans son regard, dans la beauté de ses gestes élégants et doux.

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Il m’apprend et me fait sentir d’un seul coup que je suis vivante, quand il me touche pour la première fois, j’ai l’impression qu’un papillon vient de m’effleurer.. c’est doux, c’est bienveillant, c’est le début d’un sentiment dont je ne connaissais même plus le nom… Je sais simplement qu’il me veut du bien car il me le dit. Il me fait comprendre que je mérite d’être heureuse ne serait-ce qu’une heure… il ne me promet pas la lune, il ne va pas me faire oublier ma souffrance et encore moins mon enfant… Je ne le voudrais pour rien au monde! Non, il veut m’aider à aller de l’avant, à me reconnecter à moi, à mon moi intérieur, et bien entendu à mon corps qui n’a plus rien ressenti depuis plusieurs années…

Cet homme est devenu aujourd’hui mon rayon de soleil, et cet amour nouveau nous surprend aussi bien lui que moi…

Dois-je culpabiliser parce que ce n’est pas mon mari qui m’apporte ce réconfort ? Je ne veux pas mentir, je n’y arrive pas… J’ai décidé de vivre et de profiter du moment présent. J’ai eu envie que mon corps se réveille sous ses caresses, ce corps que je croyais mort est en train de renaître. Il me dit que je VIS et peut-etre aussi que je mérite d’être aimée par un homme qui ne veut que mon bien et qui ne me rappelle pas ma vie d’avant.

« Je remercie mon enfant de m’autoriser à vivre aujourd’hui ces sentiments »

Ai-je la sensation de trahir mon mari ? Non… Il est et restera l’homme que j’aime d’un amour éternel…. il est le père de mon enfant, il me relie à lui à jamais, et ce lien est inaliénable.

Ai-je la sensation de trahir mon enfant ? Non…

Au risque de choquer et même d’être jugée, j’ose enfreindre un tabou. A la question, a-t-on le droit d’aimer passionnément une personne qui vous apporte un peu de douceur dans le tsunami que l’on traverse depuis le départ de notre enfant ? je réponds OUI.

Vais-je tout quitter pour vivre avec cet homme ? Je n’en sais rien… Je me dis simplement que je mérite ce que je vis, et je remercie le Ciel, et mon enfant là-haut de m’autoriser à vivre aujourd’hui ces sentiments dans le présent, sans me préoccuper du passé ni de l’avenir.

Mon enfant restera mon guide et je sais qu’il ne souhaite que mon bonheur… alors j’OSE ce bonheur aujourd’hui, et oser c’est VIVRE! »

 

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Ana Girardot et Clément Roussier dans le film « Soleil Battant »de Clara et Laura Laperrousaz. Un film qui raconte l’histoire d’un couple aux prises avec les conséquences de la mort de leur enfant.

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