Le Point rose

Month: août 2017

TEMOIGNAGE – Roxane raconte l’histoire d’Ange, son petit frère né sans vie

Dans le témoignage de sa maman Isabelle, Roxane 6 ans évoque l’histoire d’Ange, son petit frère né sans vie le 15 octobre 2014. Sans la gêne ni les tabous des adultes, avec une pointe de fierté de grande soeur et surtout… tellement d’amour.

Ange, raconté par Isabelle, maman de Roxane

« Par une belle après-midi de Printemps, nous sommes attablés à un café au bord de mer. La patronne demande à ma fille Roxane si elle a des frères et sœurs. Fière comme Artaban, elle lui lance:

« Oui je suis grande sœur mais le bébé est mort de suite, il est au ciel ».

Le visage de la patronne se décompose et nous esquissons un sourire pour dissiper sa gêne manifeste. Depuis presque 3 ans, Roxane nous a tellement habitués à cette remarque que nous n’y faisons presque plus attention…

FullSizeRender-338Le naturel et la spontanéité de cette remarque me touchent toujours et me rendent particulièrement fière de ma petite fille. Avec elle, Ange fait naturellement partie de la famille. En témoignent d’ailleurs tous les portraits qu’elle fait de lui et de notre famille que ce soit à la maison ou à l’école. Pour Roxane, Ange est un être à la fois terrestre et céleste : dans ses dessins, elle le place parfois au ciel parfois tout à ses côtés avec son papa et sa maman. Tracer ses contours sur le papier, c’est signifier qu’il l’accompagne ou qu’elle aille comme un talisman.

 

 

« Roxane a parlé à toute sa classe d’un bébé mort…».

Il y a deux ans, à son premier jour de rentrée en grande section de maternelle, la maîtresse m’approche un peu inquiète et me dit que Roxane a parlé à toute sa classe d’un bébé mort. En mon for intérieur, je me dis quelle belle entrée en matière pour la rentrée!! J’envisageais d’en parler à la maîtresse mais je ne pensais pas être ainsi prise de cours par Roxane ! Je confirme à la maîtresse que ce n’est pas une histoire sortie de l’imagination de ma petite fille. Cette histoire est réelle et bien réelle….

Au Printemps 2013, j’attends mon deuxième enfant et tout se passe sans encombre jusqu’à la deuxième échographie morphologique au cours de laquelle l’échographe montre un air sérieux et nous annonce qu’il y a une dilatation ventriculaire (malformation cérébrale). Elle nous annonce par la même occasion que c’est un garçon….Elle nous rassure tout de même en nous disant que vu le poids estimé du bébé, ce n’est peut être pas grave….Il faut donc faire deux échographies de contrôle à la clinique de l’Etoile et à l’Hôpital Nord qui s’avèrent rassurantes. L’échographe de l’Hôpital Nord préfère tout de même que je passe une IRM pour dissiper tout doute. Mon mari et moi allons donc confiants à cet examen, nous attendons un peu fébriles les résultats pendant plus d’une semaine…Et là, le couperet tombe, sans appel : la dilatation ventriculaire ainsi que d’autres malformations cérébrales sont confirmées…

 

« Le garder ou interrompre la grossesse? »

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Tous nos espoirs s’envolent. Nous disposons de quelques jours pour prendre une décision quant au devenir de notre petit garçon. Nous avons rendez vous avec le neuropédiatre qui nous donne peu d’espoir de survie après la naissance.

De nombreuses questions inattendues quand on attend de donner la vie :

Le garder ou interrompre la grossesse ?

Le voir ou pas ?

L’incinérer ou l’enterrer ?

Mon mari et moi décidons finalement de lui donner toute la place qu’il mérite au sein de notre famille : nous le rencontrons pour la première et dernière fois le 15 octobre 2014 ; nous lui donnons le prénom Ange; nous l’inscrivons dans le livret de famille; nous le présentons aux membres de nos familles; nous lui offrons une sépulture auprès de ma grand-mère. En lui donnant toute la place qu’il mérite, nous avons peut être de façon inconsciente montré la voie à notre fille.

Roxane, c’est elle qui m’a le mieux comprise et qui m’a forcée à me plonger dans le quotidien de la vie, l’amener à l’école, au karaté, lui donner le bain, la faire dîner…

Roxane, c’est comme la lueur dans les ténèbres.

« Roxane se souviendra toujours de ce petit frère de l’éternité »

C’est la meilleure ambassadrice d’Ange , celle qui ne le trahira jamais, celle qui l’aimera pour toujours, celle qui se souviendra toujours de ce petit frère de l’éternité. On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux…

Quelques mois après l’interruption médicale de grossesse en octobre 2014, j’ai couché sur le papier notre drame vu par les yeux de ma petite fille de 4 ans :

Pour Roxane, Ange avait un gros bobo à la tête et les médecins ne pouvaient pas le soigner malheureusement…Il est alors monté au ciel. Du haut de ses 4 ans, elle nous avait demandé comment Ange s’y était pris pour monter au ciel. La question qui fait mouche.. « A l’aide d’une échelle invisible », lui avions-nous répondu démunis devant tant de bon sens… Après tout, c’est un ange… »

Isabelle Murcia, Vitrolles, juin 2017

 

« Ange et l’échelle céleste », racontée par sa grande soeur Roxane, 6 ans

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« Tous les matins, je déposais  un doux bisou sur le ventre rond de ma maman.

J’étais heureuse d’avoir un petit frère ou une petite sœur…

Moi je voulais une petite sœur pour jouer à la poupée, mais bon un petit frère pourquoi pas ?

Un jour maman est revenue avec papa d’un rendez vous avec le docteur qui a pris des photos de mon petit frère dans le ventre de maman.

Ma maman et mon papa m’ont dit que mon petit frère avait un gros bobo à la tête et ce gros bobo le docteur ne pouvait pas le soigner.

Alors maman est allée avec papa à l’hôpital.

Moi je suis restée chez mon papy et ma mamy.

Moi je devais être la plus jolie pour ma photo de classe à l’école.

Quand ils sont revenus de l’hôpital, ils m’ont expliqué que le petit cœur de mon petit frère s’était arrêté et qu’il était mort.

Mais où est-il maintenant ? Il est au ciel avec d’autres petits bébés comme lui dont les bobos ne pouvaient pas guérir.

J’ai bien vu que papa et maman étaient très tristes car ils pleuraient beaucoup.

Alors je n’ai pas osé poser trop de questions…

Monter au ciel mais comment? Ce n’est ni un oiseau ni un magicien ??

Avait-il des ailes de papillon ?

S’est-il envolé au bout d’un ballon ?

Avec une montgolfière ?

un petit avion peut être ?

Emmitouflé dans un gros nuage blanc coton ?

Endormi dans son nid comme un petit oisillon ?

Tel un petit magicien, il a grimpé au ciel par une échelle…

Ah j’en étais sûre !!

Il s’appelait Ange comme les anges dans le ciel

Ma maman  m’a dit qu’il me ressemblait beaucoup.

Mais vous l’avez vu ? A la télévision ?A l’ordinateur sur Skype ?

Non en vrai à l’hôpital.

Je n’ai pas bien compris pourquoi moi la grande sœur je n’ai pas pu le voir…

Papa et maman m’ont expliqué que les enfants n’avaient pas le droit de venir à l’hôpital.

Le soir, je suis emmitouflée dans ma constellation d’étoiles et je pense à mon petit frère ma petite étoile du Berger, ma veilleuse qui me rassure dans la nuit noire, mon croissant de lune, comme un doudou pour toute la vie.

J’ai demandé à maman quand on aura un autre bébé?

Faisons confiance à la vie, m’a dit maman dans un joli sourire… »

Roxane, grande soeur d’Ange

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Marie, née le 12 juillet 2017, petite soeur de Roxane et Ange  

 

Marie, la petite soeur de Roxane et Ange

Le 12 juillet 2017, à 15h11, Isabelle a donné naissance à une adorable petite Marie, 3kg350, pour le plus grand bonheur de sa grande soeur Roxane et de son grand frère Ange dans le ciel. Sans oublier d’amporter dans son sac de maternité le petit bracelet du Point rose. Après un immense malheur se cache encore des immenses bonheurs d’amour. C’est le message d’espoir d’Ange aux familles du Point rose.

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Isabelle, Roxane, Marie et Nathalie, la responsable de l’association Le Point rose

 

Le 15 octobre, journée mondiale du deuil périnatal

Ange est né sans vie le 15 octobre, date de la journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal. Isabelle Murcia sa maman porte aujourd’hui avec son amie Coralie Louche la très belle initiative de l’organisation en octobre 2017 dans la région de Marseille la toute première Marche des Anges, pour le compte de cette journée mondiale. Des Marches des Anges sont organisées ce jour-là dans plusieurs grandes villes de France. Mais aucune n’avait encore été proposée en Provence. Merci Isabelle et Coralie pour votre belle initiative.

Informations : www.une-marche-pour-nos-anges.fr et la page Facebook : 15/10 : Une marche pour nos anges. Ces Marches ont lieu à Paris, Lyon, Bruxelles, Toulouse et en Provence désormais. Elles sont portées par l’association : Pieds par terre, Coeur en l’air.

 

 

 

 

TEMOIGNAGE – L’impensable raconté par Clarisse 9 ans et Thaïs 11 ans

La maladie et de la mort n’épargnent pas les enfants. On les imagine démunis pour faire face à l’impensable, que cet impensable les touche directement ou qu’il touche leur fratrie ou leurs amis proches. Mais les enfants sont étonnants, et souvent impressionnants. Les parents racontent tous la force et le courage de leur enfant dans son combat contre la maladie qui le condamnait. Et lors de nos échanges avec les frêres et soeurs, les camarades de classe de l’enfant, les déclarations spontanées des enfants dont on libère la parole sont d’un enseignement extraordinaire. Les enfants vivent chacun différemment la mort contre-nature de l’un d’entre eux. Et ils ne sont épargnés ni par la souffrance, ni par le traumatisme. Mais ils ont en commun une même force d’amour et des ressources qui les ancrent dans la vie. A nous adultes, les enfants nous montrent souvent le chemin.

Comme ici le témoignage de Clarisse 9 ans et Thaïs 11 ans, la petite soeur et la meilleure amie de Capucine, emportée deux ans plus tôt par le cancer, à l’âge de 9 ans, que partage avec nous sa maman Stéphanie :

Trois questions pour aider les enfants à dire l’impensable

« Voici le témoignage de deux enfants qui fait suite à une conversation que nous avions eue dans la voiture la veille alors que nous évoquions le souvenir de Capucine.

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Capucine, emportée par le cancer à 9 ans, le 2 avril 2015

Clarisse, 9 ans, petite sœur de Capucine, disparue le 2 avril 2015

Thaïs, 11 ans, une des meilleures amies de Capucine.

Elles ont répondu à trois questions que je leur ai posées. Elles ont eu besoin de s’isoler pendant plus d’une heure dans la chambre de Capucine pour réfléchir et revenir me voir avec deux feuilles remplies au crayon à papier.

Elles y ont mis tout leur cœur, elles ont voulu décrire au mieux leur ressenti.

C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité garder à l’état brut le texte, en refusant même de corriger leurs fautes d’orthographe ou de syntaxe, pour ne rien enlever à leur spontanéité à écrire et partager.

Ce témoignage m’a émue aux larmes… Il est riche, puissant et porteur d’une tellement belle leçon de Vie..

 

 

« Pouvez-vous raconter comment vous avez vécu l’annonce de la maladie de Capucine? « 

 

CLARISSE : « J’était chez une amie quand mes parents et CAPUCINE était à ANGERS à l’hôpital. J’était petite (presque 8 ans) donc je ne comprennait pas quand il mon dit que CAPUCINE avait une maladie »

THAIS : « Quand maman m’a annoncé la maladie de CAPUCINE je me disait qu’elle allait vit gérire. J’était chez ma grand-mère, elle a une petite chapelle et on a fait une prière pour elle ».

 

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« Comment avez-vous vécu l’annonce le 2 avril 2015 de l’envol de CAPUCINE ? »

CLARISSE : « L’après midi du deux avril, une amie est venue dans la cour de récréation me dire que ma maman était là et qu’elle pleurait. Je savait tout de suite ce qui se passait car je m’y attendais. J’ai vu trop CAPUCINE souffrir à l’hopital et je savait que ca allait arrivé. J’ai demandé à maman de partir car je n’avait pas la force de retourné en classe après ça. Je me sentais triste mais je savais que CAPUCINE était mieux ou elle était maintenant. C’est d’ailleur la frase que j’ai dit.

Je n’avait pas envie de pleuré car j’entendais CAPUCINE dire qu’elle allait mieux là où elle était.

On est parti de l’école sans bruit. Je suis arrivée à l’hopital il y avait la meilleure amie de maman et mon papa. Je ne voulait pas voir CAPUCINE car je savait qu’elle était déjà parti !!

Ma tante ZAZA était avec ma maman quand ça s’est passé.

Quand je suis retournné à l’école le lundi, tout le monde m’avait fait des dessins et des mots pour CAPUCINE.

 

CAPUCINE ET THAIS

Thaïs et Capucine, meilleures amies

THAIS : « Je descends l’escalier de l’école pour la récréation de 15h20 min. j’étais à l’avant du rang quand soudain je vois CONSTANCE (la meilleure amies de CAPUCINE et aussi ma meilleure amies)pleurée ; je lui demande ce qu’il y a et elle ne me repond pas. Je me dit qu’elle s’est fait mal mais quand je vois sa maitresse pleurée qui est aussi la maîtrise de CAPUCINE, je me dit que c’est plus grave. En bas des escaliers, Paul (un ami de CAPUCINE) m’apprend que CAPUCINE est partie.

Je ne réalisait pas, je me suis assise sur une table, j’ai pleuré et aussi j’ai réfléchi. Il y a des grands du CM2 qui sont venue me voir, et après SOPHIE une maîtresse et PAUL mon dit : CAPUCINE est mieu la où elle est et elle ne souffre plus.

Les maternelles ne comprenaient pas pourquoi on pleurait. Après je me suis entouré de mes amies et on a parlé.

Quand on est remonter en classe on a parlé de CAPUCINE avec notre maître RAPHAEL . et après on était en activité libre.

Le lendemain, toute l’école a tagué deux fois le prénom de CAPUCINE sur le tableau de la cour. 

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« Comment vis-tu aujourd’hui le départ et l’absence de ta sœur (pour Clarisse), et de ta meilleure amie (pour Thaïs) ? »

 

CLARISSE : « CAPUCINE est partie mais elle est près de nous et même si on la voit pas, elle, elle nous voit et elle nous entend et nous envoi du courage.

Il ne se passe pas une minute sens que je pense à CAPUCINE. Elle m’aide et me conseille. Je pense souvent à ce qui me faisait rigoler. Toutes les petite blague. Elle nous fait toujours rigolé.(cf photo)

Elle est parti mais on la rejoignera un jours…

Elle nous envoi des signe c’est notre ange gardien.

On ne peut pas nous comprendre tant que ça ne vous est pas arrivé »

 

THAIS : « Je continue à vivre en pensant a elle tout les jours . elle me donne de la force, du courage, l’espoire au quotiden. Elle est mon ange gardien et elle m’aide a passé au dessu de toute les épreuves de la vie et elle me conseille.

Je me dit que on ne la voie petaitre pas mais elle est présente a chaque moment.

Et je me dit aussi qu’elle est partit en voyage ; on ne peux petaitre pas la voire mais on peux l’aimer autant qu’on veut.

Quand je pense à CAPUCINE je pense aussi à tout les jeux, toutes les rigolades avec elle et sa me redone du sourire.

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CAPUCINE nous fait des blagues (comme la chaise qui bouge pendant que j’écris en ce moment) et elle nous fait des signes.

 

Maintenant quand je fais des choses belles je pense à CAPUCINE qui aurait aimé les faire… »

 

Stéphanie BERTHON, Nantes, Juillet 2017

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Clarisse dans les bras de sa grande soeur Capucine

 

Intervenir dans les écoles pour aider les enfant à transformer le malheur en petits bonheurs

 

Deux ans après le décès de Capucine, encouragée par sa fille Clarisse, Stéphanie a proposé à son école d’intervenir dans les classes pour évoquer le départ de Capucine, la vie après, et comment on peut garder un lien d’amour et transformer ce grand malheur en petits bonheurs.
Avec Le Point rose, elle est intervenue le 22 juin 2017 dans les classes de l’Ecole primaire Notre Dame de Bon Port à Nantes, et a tenu le lendemain un stand d’ateliers créatifs auxquels les enfants ont pu participer pour mettre en pratique les échanges et les enseignements de la veille. Le principe de ces interventions du Point rose dans les écoles, repose précisément sur l’alliance et la complémentarité entre un temps de paroles partagées et un temps d’actions (créatives, artistiques ou sportives) là-encore partagées.

 

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Stand Le Point rose de Stéphanie à l’école de Capucine, le 23 juin 2017

 

Stéphanie propose désormais aux écoles de sa région confrontées à la maladie ou la perte d’un enfant, mais aussi à celles tout aussi contre-nature d’un papa ou d’une maman quand on n’est encore qu’un enfant, d’intervenir avec Le Point rose pour libérer leur parole et leur permettre d’exprimer ces trésors d’amour et de vie dont ils ont la richesse pour appréhender ces malheurs. Accompagnés, les enfants nous ouvrent les portes de l’école de la résilience.

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Stéphanie Berthon pour Le Point rose : Tél: 06 12 41 22 82 – Email : lepointrose@yahoo.com